Avec l’adoption du PLFSS 2026 par les députés le 9 décembre, le gouvernement prolonge sa survie et les pharmaciens sécurisent le plafond à 40% des remises génériques.
Au-delà de toute récupération, ce retour à la situation d’avant signe certes une victoire (ou plutôt l’esquive d’une catastrophe), mais laquelle ?
Cette inscription du plafond dans la loi est le fruit d’une lutte acharnée de toute la profession, de celles et ceux qui ont appelé à la manifestation dès l’aube de l’été, qui ont défilé massivement, émis et relayé la pétition aux parlementaires. Ce n’est pas la victoire d’un clan ou d’un syndicat majoritaire mais le résultat d’un combat mené dans la cohésion.
S’il permet de souffler le temps d’une année budgétaire, ce “checkpoint” ne règle rien sur le fond. Il n’instaure aucune trajectoire durable pour combler le déficit abyssal des dépenses d’Assurance Maladie, attendu à 19,6 milliards d’euros en 2026 (avec un Ondam porté de 2 à 3 %) contre 17,6 milliards dans la version initiale. Le tacot Sécu continue sur sa lancée jusqu’au prochain contrôle technique. Sa casse n’est limitée par les transferts massifs de l’État : 4,5 milliards d’euros, qui restent donc à trouver, comme le rappelait aussitôt le ministre de l’Économie, Roland Lescure. Ce tour de passe-passe ne fait que déplacer le problème… ça ne rappelle rien aux pharmaciens ?
Ce PLFSS ne change rien non plus dans l’immédiat au quotidien des pharmaciens, si ce n’est que les efforts budgétaires se poursuivent, les baisses de prix et autres, toujours plus loin et toujours plus fort. Rien de neuf ni de structurel n’apparaît, sinon quelques mesures attendues de longue date, notamment sur le développement des biosimilaires et sur l’aide aux officines des territoires fragiles… et ce réseau France Santé qui réinvente un peu la roue – pourquoi ne pas construire sur ce qui existe déjà et renforcer l’officine comme hub de santé de proximité, rôle qu’elle assure déjà largement, en coopération avec les autres professions ?
Cette frêle avancée d’un PLFSS chétif, enfant du compromis, n’incite pas au triomphe. Tout au plus permet-elle de se concentrer sur les dossiers chauds de 2026, en particulier cette « boîte noire » (comme l’écrit si bien le Le Moniteur des Pharmacies) que va ouvrir la mission Igas-IGF en janvier, avec la remise de ses conclusions sur le circuit de distribution du médicament.
L’amendement avorté du gouvernement pour bouter du projet de loi le plafond à 40% sur les remises génériques n’augure pas nécessairement d’un grand esprit d’ouverture. Ou prépare les esprits à la mise sur les rails de concepts innovants et tendancieux pour réguler toujours plus les revenus des pharmaciens, déguiser en honoraires des pertes de marges sur la dispensation… ? Les uns se féliciteront, feront passer cela pour un progrès, d’autres rappelleront combien la rémunération officinale a surtout besoin de stabilité et de consolidation, sur toutes ses composantes (marges commerciales, actes, honoraires) et pas sur l’une au détriment de l’autre.
Les changeurs de paradigme n’ont pas toujours raison. Tout l’avenir de l’officine ne se joue pas sur les honoraires et le rempart dressé contre les fonds, mais aussi et surtout sur la prise en main de notre destin de pharmaciens. Et ce destin mérite mieux qu’une réflexion portée seulement par et pour ceux qui ont déjà remboursé leur prêt. L’avenir doit se construire avec et pour les jeunes générations, celles qui cherchent des financements éthiques pour s’installer, sentent qu’elles doivent s’approprier l’IA mais ne savent pas comment (qui en parle ?), ces pharmaciens de demain qui veulent pouvoir être fiers d’être professionnels de santé ET chefs d’entreprises, indépendants et responsables.