- 2 500 fermetures d’officines en 10 ans et cela continue…
- Médicament remboursable en ville : une croissance en trompe l’œil (+ 6,6% en valeur, -2% en volume) car presque entièrement portée par les médicaments > 468,97 €HT et les vaccins.
- 896 spécialités touchées par des baisses de prix en ville, avec un impact > 1 milliard d’euros (-3,8 points de décroissance sur le marché remboursable).
- Une lecture de la performance brouillée : trajectoire imprédictible des produits > 1 930 € (qui représentent 24% du chiffre d’affaires pour 0,09% du volume), changements de statut/taux de TVA…
La chandelle brûle par les deux bouts : attaqué sur les prix et sur les volumes, le médicament ne soutient plus qu’en apparence l’économie officinale.
Et le grand perdant est ? La rentabilité, toujours écrasée entre la hausse des charges et le plafonnement des marges. Rappelons qu’en 2024, l’excédent brut d’exploitation (EBE) des officines reculait de 3,80 % selon CGP.
Le pharmacien chef d’entreprise n’arrive plus à se projeter, entre crise de son modèle économique, régulation accablante, instabilité politique…
Quelles solutions ?
L’avenant 1 signé par la FSPF en 2024 (elle est bien la seule à s’en féliciter) n’a fait que recouvrir le désastre sous un double mirage, celui d’une croissance structurelle qui ne compense pas les effets de l’inflation, et celui des honoraires. À date, la revalorisation de l’honoraire lié à l’âge prévue pour 2026 n’est même pas entrée en vigueur.
Les regards se tournent vers les conclusions du rapport Igas-IGF (attendu fin janvier) et l’avenant 2.
Disons-le par anticipation : toute pseudo-solution consistant à empiler des honoraires pour pallier l’érosion des volumes ne ferait qu’accélérer la ruine du réseau. Les ravis de l’honoraire seraient bien inspirés de regarder du côté de l’Allemagne…
France et Allemagne : même scénario à 10 ans d’écart ?
À y regarder de près, le même scénario semble se jouer pour les pharmaciens français que pour leurs confrères d’outre-Rhin, avec 10 ans de retard… Et ce n’est pas réjouissant.
Comme s’en alarme l’ABDA – Bundesvereinigung Deutscher Apothekerverbände e. V. (la fédération des associations allemandes de pharmaciens d’officine), il ne restait que 16 601 pharmacies en Allemagne fin 2025 pour 84 millions d’habitants, soit le niveau le plus bas depuis… 1977.
C’est à peu de chose près la projection de GERS Data pour 2035 en France : un réseau qui tomberait à 17 000 officines.
Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Car ce qui a gangrené le réseau allemand, c’est le torpillage de son modèle économique par la régulation (baisses de prix en cascade) et la stagnation : depuis 2013, les coûts ont augmenté de 65% alors que les honoraires des pharmaciens sont bloqués à 8,35€.
Sauver le médicament
Voilà qui montre encore pourquoi assujettir le modèle économique de l’officine à l’honoraire serait pure folie. Le médicament n’est plus un indice fiable de la santé de l’officine ? Mais ce n’est pas en cassant le baromètre qu’on évitera la tempête. Ni en abandonnant le navire qu’on sauvera l’équipage.
Au contraire, il est urgent de réarmer et de défendre, contre vents et marées, la valeur du médicament comme pilier de l’économie officinale.