Trop, c’est trop !

18 septembre 2026

De même, la marge de tolérance des pharmaciens se réduit dangereusement. L’année 2025 avait réussi à faire sortir de ses gonds notre profession, pourtant historiquement calme. Le gouvernement semble vouloir réitérer l’exploit en 2026, de façon moins spectaculaire qu’avec la baisse des remises mais par petites touches sournoises. Le dernier coup subi est – d’apparence – indirect : un arrêté publié le 11 août 2026 prévoit, à compter du 20 janvier 2027, de baisser le plancher de marge grossiste de 30 à 22 centimes pour les médicaments peu chers (0 à 3,17€ PFHT). Une diminution de 27 %, qui non content de contracter encore la marge des grossistes, vient rogner brutalement la marge des pharmacies sur les produits qu’elles achètent en PFHT, soit les médicaments génériques et le paracétamol. Les produits du quotidien, qui permettent de soigner 28 millions de patients par an dans notre pays, sont encore une fois touchés et leur approvisionnement fragilisé. La perte de marge totale pour les pharmacies est attendue supérieure à 100 millions d’euros. Et quid de l’impact, encore non chiffré, sur les conditions d’achat consenties aux pharmaciens par les grossistes ?

Ce n’est pas comme si le réseau disposait d’un matelas confortable pour amortir de nouveaux chocs. L’observatoire 2026 de Fiducial révèle que le taux de marge brute de l’officine a chuté de 29 % à 28,1%, plombé par les baisses de prix et le poids des produits chers. Alors que la priorité des pouvoirs publics devrait être de stabiliser le réseau, de stopper ou du moins de ralentir le rythme infernal des fermetures d’officines, il lui semble plus urgent de mettre du sel sur les plaies. Le motif en est connu : faire rentrer au chausse-pied le poste médicament dans un objectif d’économies impossible à tenir – médicament dont le chiffres d’affaires régulé ne représente que 9 % de l’Ondam mais qui supporte 50 % des économies demandées à l’Assurance Maladie (source : Leem).

Un pays sans pharmacies

La saignée ne soigne pas le malade. Il est au contraire démontré que la baisse continue des prix des médicaments matures jusqu’à des niveaux indécemment bas accroît les risques de ruptures, voire de retraits du marché purs et simples pour des produits devenus non viables.

Si le rêve de l’État et des régulateurs était celui d’un pays sans pharmacies et sans grossistes, ils ne s’y prendraient pas autrement. Quand le médicament tend vers le prix « zéro » (soi-disant pour financer l’innovation, qui a bon dos), quand les intermédiaires essentiels assurant la répartition équitable des traitements sur le territoire se font tailler des marges déjà maigres, quand les médecins sont incités à déprescrire (jusqu’à ne plus prescrire ?), il est permis de se demandent : que restera-t-il demain ? Chaque pseudo remède ne fait que transférer les pertes : de la marge de distribution à l’honoraire à la boîte, de l’honoraire à la boîte à celui à l’ordonnance… Quelle est l’étape d’après ? Des médecins qui ne prescrivent plus ? Plus d’ordonnance du tout comme c’est déjà le cas dans les territoires désertés par les médecins ? Qui soignera les Français demain ?

Heureusement, il y a les missions, nous fait-on croire. Nous perdons encore une fois des points de marge mais nous pourrons prendre la tension aux patients ? Non, le compte n’est pas bon. Les actes de soins réalisés par les officinaux pour pallier les déserts médicaux ne feront jamais le poids pour compenser la perte de marge sur le médicament, ce n’est d’ailleurs pas leur rôle (qui relève de la santé publique, non de la régulation budgétaire, croyait-on). On nous appâte avec des miettes. Et lorsque les miettes deviennent trop grosses, elles sont rationnées : l’autorisation donnée aux autres professionnels de santé de stocker les vaccins n’est-elle pas une autre façon de plafonner la très bonne volonté mise par les officinaux à accroître la couverture vaccinale ?

La blouse ou le gilet vert

Entretemps, les médicaments innovants sont toujours plus onéreux, les médicaments matures toujours moins chers et les tensions d’approvisionnement se multiplient : fluoxétine, collyre néosynéphrine pour lequel les autorités priorisent les livraisons aux cabinets d’ophtalmologie et aux hôpitaux… Encore une solution qui contourne l’officine et reprend d’une main la confiance accordée de l’autre. Et ce n’est pas en confondant la fraude avec les erreurs de bonne foi (voir le rapport Igas-IGF sur le sujet) que les conditions de la confiance seront rétablies. De même, suspecter les groupements de capter la valeur, alors même qu’ils permettent aux officines de tenir économiquement et d’absorber l’extension des compétences, ce n’est pas afficher une volonté de co-construire, mais plutôt diviser pour mieux régner.

C’est dans ce climat lourd de menaces que sera prochainement présenté le PLFSS 2027 et qu’est censé reprendre le dialogue conventionnel. Au stade atteint par l’exaspération et la colère, il suffira d’un rien pour nous résoudre à troquer la blouse contre le gilet vert.

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