Le 23 mars, les pharmaciens allemands ont manifesté en masse, avec un message clair : « Nos services ne sont pas gratuits ».
Ce combat nous concerne aussi. Car la situation critique de nos confrères outre-Rhin pourrait devenir la nôtre, si nous ne réagissons pas. Et vite…
Derrière cette mobilisation, la réalité est cruelle :
- +65 % de hausse des coûts depuis 2013 (salaires, loyers, énergie…).
- 0 % d’évolution des honoraires sur la même période.
- -19 % de pharmacies en 10 ans.
- 1/3 du temps de travail consacré à l’administratif.
La rentabilité s’effrite, la bureaucratie pèse lourd, les tensions d’approvisionnement minent le quotidien, la visibilité politique est nulle… Ça ne vous rappelle rien ?
Prendre de la hauteur permet d’apercevoir la dimension européenne de la crise officinale : les conditions d’exercice qui se détériorent, les marges asphyxiées sous la régulation, la même colère légitime de la profession et son aspiration au renouveau.
Outre-Rhin, comme chez nous, les engagements politiques peinent à se muer en actes. La revalorisation promise des honoraires de 8,35 à 9,50 euros n’arrive toujours pas.
Ce modèle en déroute, c’est celui du tout-honoraire, figé dans le temps, impuissant à absorber les réalités économiques, exigeant toujours plus de services sans correction financière. Un modèle qui tue la pharmacie.
Et pourtant :
- 96% des citoyens allemands jugent les pharmacies locales essentielles.
- 92% des citoyens allemands font confiance à leurs pharmaciens.
Le problème, ce n’est donc pas la pharmacie, c’est le modèle. Un modèle qui n’est plus soutenable et qu’il est urgent de réformer. Pas avec des pansements ni avec des mesurettes. Pas en transférant la marge vers un honoraire stagnant et nous liant pieds et poings à une Sécu aux abois.
La priorité est de remettre la dispensation au centre d’une rémunération mixte, revalorisée et pérenne. Pour que les pharmaciens vivent de leur métier et pas d’expédients. Pour que tous les patients aient un pharmacien sur qui compter.
L’UPGF exprime son plein soutien aux pharmaciens allemands. Ce qu’ils vivent est le miroir de ce qui nous attend en cas de bascule vers le tout-honoraire. Ce schéma que certains seraient tentés de voir comme une innovation, d’autres l’ont essayé et s’en mordent maintenant les doigts.
Alors regardons l’Allemagne et tirons-en les bonnes conclusions. Ce qui est vrai là-bas l’est également ici : la qualité et la sécurité de l’approvisionnement en médicaments ne sont pas gratuites.