Les premiers chiffres issus du rapport Igas-IGF confirment ce que tous les pharmaciens constatent déjà sur le terrain :
- érosion de 11 % de l’excédent brut d’exploitation (EBE) en 10 ans ;
- baisse de 10 points du taux de marge sur la même période.
Ce constat, c’est celui d’un cœur de métier qui ne fait plus vivre, rongé par les baisses de prix. C’est le tableau d’un modèle économique rapiécé d’honoraires, de missions et de subventions mais dont les fondations s’écroulent. Rien ne sert de se lamenter ni de désigner de faux coupables. Les pharmaciens ont surtout besoin d’un cap pour sortir de ce bourbier.
La convention de 2022 a masqué les difficultés sous l’accumulation de missions. L’avenant économique de 2024 n’a pas corrigé la trajectoire, entretenant même l’illusion d’un modèle tout-honoraire, au risque d’une rémunération figée. Les réponses apportées ont manqué leur cible : pénuries persistantes, perte d’attractivité et près de 250 fermetures d’officine chaque année.
La question de la rentabilité n’est pas abordée de front. Le médicament, cœur du modèle, est devenu la face cachée du débat. C’est pourtant l’élément central sur lequel il ne faut surtout pas lâcher, même sous la pression d’un système en déroute qui abuse de ce levier pour rajuster ses comptes – sacrifiant au passage l’accès des patients aux traitements et l’équilibre économique des officines.
Dans ce contexte, il est inacceptable de voir rejeter la faute sur les groupements ou les « intermédiaires ». C’est une malhonnêteté doublée d’une erreur stratégique.
Affaiblir les groupements reviendrait à affaiblir les pharmaciens eux-mêmes. Ce sont précisément ces structures qui ont permis de compenser les carences du système, à de multiples niveaux : mutualisation, conditions d’achat, modernisation, soutien opérationnel et développement de missions réellement valorisées.
L’unité de la profession doit se reconstruire autour du vrai combat :
- rééquilibrer la marge sur le médicament, notamment sur les médicaments chers, pour ne plus dispenser à perte ;
- bâtir une rémunération mixte, évolutive et pérenne.
L’avenir n’est pas à l’opposition stérile mais à un redressement de cap, fédérateur et ambitieux, porté par des représentants ancrés dans la réalité du terrain, pragmatiques et engagés.
L’enjeu n’est plus de corriger un système à bout de souffle, mais de consolider la base et de redonner un élan à un modèle équilibré entre rémunérations issues de la Sécu et marges commerciales.
La refonte du modèle économique de l’officine est un moment historique.
Ne manquez pas cette occasion de faire entendre votre voix.