Mettre en place des coefficients spécifiques pour les territoires métropolitains fragiles, à l’image des dispositifs existants pour les DROM-COM.
Le diagnostic
Les bonnes intentions ne suffisent pas à engendrer les bonnes décisions, y compris en matière de sauvegarde des officines fragiles. Le Gouvernement, les sénateurs ou encorel’Assurance Maladie y sont allés de leurs contributions pourenrayer la fermeture de 200 à 300 pharmacies par an. Mais,face à la gravité de l’enjeu, les remèdes ont infusé bien trop lentement, voire à mauvais escient.
L’ordonnance du 3 janvier 2018 confiait déjà aux directeurs généraux des agences régionales de santé (ARS) la mission de définir les territoires dits « fragiles » au regard de l’accès au médicament. Il a fallu attendre six ans et la pression sénatoriale pour que paraissent le décret et l’arrêté du 7 juillet 2024 définissant les zones en question. L’année suivante, du fait de critères trop restrictifs, à peine 150 pharmacies éligibles des territoires fragiles ont reçu l’aide ciblée de l’AssuranceMaladie allant jusqu’à 20 000 euros par an – entérinée parl’avenant n° 1 à la convention pharmaceutique signé le 10 juin 2024. Elles sont désormais environ un millier à pouvoir y prétendre, moyennant les correctifs de l’avenant n°2 du 7 avril 2026. Au-delà des efforts déployés pour si peu de résultats, le mécanisme laisse perplexe.
Première remarque : la prise en compte des vulnérabilités du réseau nécessite une analyse fine, non réduite à la distinction urbain/rural. Exemple : la baisse de rentabilité est plus marquée pour les officines en zones et bourgs ruraux entre 2013 et 2023, selon le rapport Igas-IGF sur la chaîne de distribution pharmaceutique rendu public en mai 2026. En revanche, la rentabilité reste meilleure que la médiane dans ces zones, alors qu’elle est inférieure à la médiane dans les grands centres urbains. Deuxième remarque : le critère réservant l’aide conventionnelle aux pharmacies réalisant moins d’1 million d’euros TTC de chiffre d’affaires interroge, surtout à l’heure où le chiffre d’affaires ne dit plus rien de la santé économique réelle d’une officine. Troisièmement : à quoi sert de poser des rustines sans s’attaquer de front à la crise générale de l’officine, dont le bilan flétrit à vue d’œil, sous l’effet conjugué des baisses de marge et des hausses de charges ? Pire, la subvention, bouée de salut temporaire, risque de stigmatiser les officines bénéficiaires et de décourager les potentiels acheteurs.
La proposition
Les officines qui décrochent économiquement sont lerévélateur d’une menace plus large. Le décrochage est devenu la hantise de l’ensemble du réseau, soumis à l’érosioncontinue de la marge de dispensation. Il n’est donc plus raisonnable de différer le rééquilibrage économique, qui doit être guidé par un objectif : que le cœur de métier des pharmaciens reste la source principale de leur rémunération. Ce sujet de fond est trop souvent remisé sous le tapis. Les prétendus sauveteurs de l’officine misent exagérément sur les compléments – honoraires, rémunérations sur objectifs, nouvelles missions – qui ont toute leur importance dans l’équation mais ne peuvent juguler seuls la perte de revenus et la perte de sens que subissent les officinaux.
La priorité n’est pas de débattre de la taille du pansement mais de remettre l’officine sur ses jambes. Ce rétablissement appelle des mesures structurelles, qui permettront non seulement aux officines particulièrement éprouvées (rurales ou urbaines) de sortir la tête de l’eau, mais aussi aux officines qui surnagent encore d’investir pour l’avenir et de se maintenir. Labelliser ou subventionner les officines les maintient dans la dépendance. Reconnaître la valeur des pharmacies de proximité, à travers une rémunération adaptée, c’est leur redonner de l’autonomie.
Dans cette logique, l’UPGF défend l’instauration de coefficients de majoration sur les prix de vente et les honoraires pour les officines de territoires métropolitains fragiles, à l’image des dispositifs existant pour les DROM-COM. Les prix différenciés dans les Outre-mer se sont imposés comme une mesure de bon sens, au vu des coûts de distribution (et de la vie en général) notoirement plus élevés qu’en métropole. Pourquoi ne pas appliquer la même logique en France métropolitaine ? Celle-ci, loin de présenter un visage homogène, regorge de cas particuliers, dont des villages ou quartiers délaissés, des territoires sinistrés, deszones urbaines tout à la fois marquées par la vie chère et en perte de médecins…
Ces contrastes tiennent à la géographie, aux mouvements démographiques ou encore à la politique d’aménagement. Des dynamiques auxquelles les pharmaciens sont contraints de s’adapter pour répondre aux besoins des Français(e)s dans leur diversité. Selon les spécificités de leur patientèle et de leur écosystème, les officines n’ont pas toutes les mêmes chances de compenser leur baisse de revenus par des missions ou services annexes. Mais toutes ont en commun de dispenser des traitements et méritent de le faire dans un cadre équitable, leur permettant d’en vivre décemment.
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