Il est surprenant de voir les dirigeants de la Sécurité sociale accueillis en grande pompe lors de rencontres syndicales. Imagine-t-on la CGT inviter les patrons du CAC 40 à son congrès ? Étonnant aussi de constater les convergences de vue entre les orateurs sur l’évolution de la rémunération…
L’Assurance Maladie n’est pas notre amie, mais un interlocuteur exigeant face auquel l’indépendance et la fermeté sont de mise. Et surtout pas la complaisance. Que veut la Cnam ?
- Officiellement : Décorréler la rémunération des pharmaciens des prix et volumes dispensés.
- En “off” : imposer une logique d’honoraire, permettant de faire travailler les pharmaciens le plus possible et les rémunérant le moins possible.
En évoquant une soi-disant captation de valeur par les « intermédiaires », elle ne fait que masquer les vrais problèmes :
- la destruction de valeur que représentent les baisses de prix massives sur les médicaments et les dispositifs médicaux
- la marge insuffisante sur les produits chers, qui ne rémunère ni l’expertise ni le risque
- la sous-valorisation des missions Cet effondrement de valeur n’est pas une fatalité, il résulte d’une vision comptable, régulatrice, délibérée. C’est la variable d’ajustement pour financer tout le reste.
Le « haro » sur les groupements, confondus avec financiarisation, est du pain béni pour la Sécu. Sans intermédiaires, sans syndicats militants, sans écosystème officinal, elle n’aurait face à elle que des pharmacies désunies, aisées à contrôler et fonctionnariser.
Il est plus simple de désigner un coupable que d’assumer ses arbitrages. Diviser pour mieux régner. Et pour tout argument, elle ne dispose que d’un graphique lacunaire, avant-goût du rapport Igas-IGF. On y voit :
- des courbes de rentabilité croissantes pour les groupements et les laboratoires pharmaceutiques, décroissantes pour les officines et les grossistes…
- mais aucun ordre de grandeur sur les revenus respectifs. Le CA cumulé des groupements n’a rien à voir avec celui des officines ni celui de l’industrie pharmaceutique. On parle de millions d’euros d’un côté, de milliards de l’autre.[Gd1]
- Pouvoirs publics et pharmaciens divergeaient sur l’impact financier d’une baisse des remises ? Cette fois-ci : pas de chiffres, pas de désaccord.
Que nous apprend vraiment ce graphique ? Ce que tout le monde sait déjà : la rentabilité de l’officine se dégrade. Ce que veulent les pharmaciens, ce sont des solutions pour retrouver les conditions d’un exercice rentable et motivant, pouvoir vivre de leur métier, se consacrer à leurs patients et se projeter sereinement. C’est précisément la raison d’être de l’#UPGF.
Notre priorité : redonner toute sa valeur à l’expertise officinale, en exigeant une marge de dispensation décente sur tous les médicaments, pour tous les pharmaciens.
Si nous ne défendons pas la dispensation comme un pilier de notre rémunération, demain, il n’y aura plus de valeur à capter ou répartir – seulement des honoraires et des subventions figés. Et sans distribution rentable des produits de santé, il ne peut y avoir d’élargissement tenable de notre rôle sanitaire… quoi qu’en dise l’Assurance Maladie.
Dans ce combat, l’intérêt de l’officine est de ne pas rester isolée, mais de s’appuyer sur les forces qui l’aident à adapter son modèle aux réalités économiques et technologiques en rapide mutation. Et les groupements font partie intégrante de ces forces déterminantes pour l’avenir.
Grâce aux remises commerciales sur les génériques – rappelons qu’elles sont négociées entre acteurs privés : en quoi cela regarde la Cnam ? –, les groupements peuvent apporter des services indispensables et plébiscités par plus de 9 pharmaciens sur 10.
- Les groupements n’aident pas seulement les pharmaciens à optimiser leurs achats, ils leurs permettent de concilier au mieux leurs fonctions de professionnels de santé et de chefs d’entreprise.
- Ils apportent des solutions concrètes pour dégager du temps de conseil, épauler les équipes officinales dans leur gestion, leur organisation, leur montée en compétences, leur engagement dans la démarche qualité et les campagnes de santé publique…
Avancer « groupés » comme le propose l’UPGF, est un appel qui ne se limite pas aux groupements et à leurs adhérents, mais s’étend à tous les pharmaciens (titulaires, adjoints et étudiants) unis pour défendre leur avenir. Groupés mais pas groupies d’un système qui flatte leurs compétences en exploitant leur obligeance.
Avancer « groupés », c’est miser sur les forces d’union en faveur d’une pharmacie moderne, rentable et responsable, indépendante et fière d’assumer son rôle de maillon essentiel dans le parcours de santé des patients.
[Gd1]Faut-il être plus précis ? Pas sûr car donner le CA des officines (48,4 Md d’euros en 2025) et celui des labos (> 70 Md) obligerait à donner celui des groupements, et rien n’impose cette transparence forcée