Développer les missions de santé publique du pharmacien

14 août 2026

Développer les missions de santé publique du pharmacien

Voici le neuvième volet de notre série présentant « les 10 engagements de l’UPGF ».

9. Développer les missions de santé publique du pharmacien : vaccination, dépistage, prévention, suivi des pathologies chroniques.

Le diagnostic

Ne les appelez plus « nouvelles missions ». La plupart des officines proposent désormais ces services qui vont au-delà de la dispensation. Vacciner, dépister, gérer les petites urgences, accompagner les patients chroniques, mener des bilans de prévention… Le virage clinique de l’officine, impulsé par la loi HPST de 2009, accéléré par la vaccination antigrippale dès 2019 et la convention de 2022, est depuis en expansion constante. Les groupements et l’association Pharma Système Qualité apportent une contribution décisive à ce mouvement.

En 2025, une officine a facturé en moyenne 190 actes liés aux missions, selon GERS Data. La santé publique y gagne : confier ces responsabilités aux pharmaciens permet, en misant sur leur couverture inégalée du territoire et leurs compétences cliniques, d’améliorer l’accès aux soins et de faciliter le parcours des patients. Les patients plébiscitent cette montée en compétences. Les officinaux y trouvent un levier de fidélisation et un sursaut de légitimité.

L’UPGF (et avant elle l’UNPF) a toujours soutenu le développement de la pharmacie clinique en officine. Elle milite aujourd’hui pour soutenir les pharmaciens dans cette transformation majeure de leur exercice, préfigurant le cabinet pharmaceutique. Car ce tournant considérable ne peut s’opérer à moyens constants. Une enquête de l’UNPF menée en 2022, pointait déjà le manque de temps, de rémunération et de personnel comme les principaux freins à la mise en œuvre des missions.

Résultat : l’appropriation des missions demeure très hétérogène, reflétant les disparités et les difficultés économiques du réseau. En 2026, selon GERS Data, plus de 80 % des officines remettent des kits de détection du cancer (96 %), effectuent des rappels de vaccination adulte (96 %), prescrivent des vaccins (86 %), réalisent des TROD angine et cystite (83 et 82 %). Mais moins de la moitié déploient les entretiens pharmaceutiques (41 %) et la téléconsultation (34 %). Les missions proches de l’acte classique de dispensation et tirées par la demande trouvent logiquement leur place plus rapidement que celles nécessitant une réorganisation et des investissements plus lourds.

Le ratio entre rémunération et temps passé conditionne aussi la faisabilité, surtout quand le personnel manque, que les marges s’écrasent et que les trésoreries sont fragiles. D’après le réseau CGP, les honoraires et les missions auraient rapporté 11 000 euros de marge supplémentaire par officine, mais ce n’est qu’une moyenne, occultant des écarts importants. Et bien que croissante, la part des missions dans l’économie officinale (1 à 2 % du chiffres d’affaires) reste très minoritaire. Cela ne minore en rien leur intérêt crucial en termes de légitimité et d’utilité, mais appelle à trouver un modèle économique cohérent, au regard du temps officinal et des investissements (formation, locaux…) dévolus aux missions.

La proposition

Dans ce contexte, faut-il étendre encore le périmètre de missions ? La réponse générale de l’UPGF est oui, mais avec des réserves.

Oui car c’est le sens de l’histoire. Professionnel de santé le plus proche des Français, le pharmacien est bien placé pour coordonner le parcours de soins des patients en ville. Dans ce cadre, il est souhaitable et logique que ses missions s’élargissent, mais pas à n’importe quel prix. La viabilité économique des missions dépend non seulement de leur rémunération intrinsèque, mais aussi de la capacité des pharmaciens à gagner leur vie correctement avec leur cœur de métier. Les missions ne doivent pas être le cache-misère de la dispensation. Elles sont là pour renforcer l’activité historique des officinaux, pas pour en compenser l’érosion. La réflexion sur « les missions, stop ou encore ? » est par conséquent intimement liée à la question des marges sur le médicament, que l’UPGF place au cœur de son combat.

Quant à la mission en elle-même, son tarif doit tenir compte des responsabilités et compétences qu’elle engage, du temps requis et du service rendu. Les missions rétribuées quelques euros (5 € l’entretien court, 2,10 € la prescription vaccinale…), ce n’est ni acceptable, ni viable. Il est encore moins acceptable que certaines activités, telles que les interventions pharmaceutiques et la préparation des doses à administrer (PDA), soient encore effectuées sans compensation financière.

L’UPGF milite pour que toute mission pharmaceutique soit valorisée 15 € minimum, puis revalorisée en tenant compte de l’inflation. Investir dans les missions officinales, c’est éviter des coûts inutiles. C’est améliorer l’accès aux soins de premier recours et réduire la chronicisation des maladies, au bénéfice de tout le système : patients mieux orientés, complications évitées, cabinets médicaux et urgences désengorgés… La réalisation d’évaluations médico-économiques (pourquoi pas coordonnées avec l’aide de groupements) apporterait à cet égard un éclairage bienvenu. Les progrès en matière de traitement sécurisé des données devraient également stimuler une réflexion sur l’approche populationnelle – ou comment, depuis la pharmacie, aider une population donnée à conserver et améliorer sa santé.

L’UPGF s’engage enfin pour une poursuite maîtrisée de l’extension des missions de santé publique, sur la base de rémunérations correctement négociées. Parmi les nouveaux actes à développer en priorité, la vaccination des voyageurs nous paraît incontournable, ainsi que : la généralisation de l’expérimentation OSyS (orientation et prise en charge dans des situations de soins courantes), le dépistage de l’hypertension artérielle, mais aussi l’accompagnement du patient diabétique de type 2. Nous veillerons particulièrement aux modalités de mise en œuvre de ces missions : un tarif à la hauteur du temps pharmaceutique réel, un cahier des charges technique n’excluent pas les officines rurales et une formation finançable dans le cadre du développement professionnel continu (DPC).

Retrouvez l’ensemble des engagements ici.

Actualités

Développer les missions de santé publique du pharmacien

Accompagner la transition numérique des pharmacies

Protéger et renforcer le maillage officinal, notamment dans les zones rurales et fragiles.