Connivences et taxation : les ingrédients d’une amère potion

2 octobre 2026

Il est toujours étonnant de voir les négociateurs main dans la main à l’aube d’un bras de fer. Étrange osmose qui s’est notamment manifestée lors du dernier congrès des pharmaciens organisé par la FSPF fin septembre. Comme à l’accoutumée, le directeur général de la Cnam Thomas Fatôme est venu exposer ses vues, tandis que la ministre de la Santé Stéphanie Rist s’exprimait en vidéo sur le « moment charnière » de l’officine, gonflée de nouvelles missions mais économiquement à bout de souffle.

Tous entérinent l’idée que la refonte du modèle économique de l’officine s’inspire du très partial et inconsistant rapport Igas-IGF – bâti sur un échantillon de seulement seize officines et à charge contre les groupements de pharmacies.

Les négociations conventionnelles doivent entrer dans le dur le 6 octobre pour l’avenant 3 consacré aux nouvelles missions et le 15 octobre pour l’avenant 4 dédié à la rémunération. Mais l’atmosphère est étrangement paisible, comme si tout avait été aplani avant d’être négocié. Faut-il rappeler qu’un syndicat, même majoritaire, ne parle pas pour toute une profession ? En amont des discussions, il est essentiel d’entendre les pharmaciens dans leur pluralité. Un peu de cacophonie serait plus rassurant que ce calme évocateur d’entente préalable.

Un hold-up de 100 M€ sur les groupements

Le contexte est en effet peu propice aux accolades. L’Assurance Maladie ouvre le dialogue avec les poches vides, résume très bien Pharm enews. Le PLFSS 2027 annonce un régime de rigueur pour la santé : Ondam à +2 %, poursuite des baisses de prix massives et braquage des groupements à hauteur de 100 millions d’euros. Qu’on ne s’y trompe pas : l’objectif n’est pas de rééquilibrer les flux à l’avantage des pharmaciens. Cette taxe ne bénéficiera qu’au Gouvernement et à sa réduction des déficits. Faire payer les groupements, c’est faire payer les pharmaciens : c’est affaiblir les structures qui les aident à réduire leurs frais et préserver leur rentabilité dans un contexte économique particulièrement tendu.

L’UPGF rejette fermement cette taxation (nous y reviendrons), qui semble une suite directe du rapport Igas-IGF. Si ces mêmes analyses inspirent la réforme à venir de l’économie officinale, le pire est à craindre. Rappelons que ces instances préconisent de décorréler totalement la rémunération des pharmaciens des prix et volumes de médicaments. Or, que propose la FSPF, visiblement en phase avec cette idée ? De booster l’honoraire à l’ordonnance pour moins dépendre de l’honoraire à la boîte. Un modèle perdant pour les officines touchés par la diminution des ordonnances, censées alors se rattraper avec un forfait structure (fixe ? mobile ?) et un nouvel honoraire d’intervention pharmaceutique (où trouver l’argent ?).

La messe n’est pas dite

Que les modalités de réforme ne soient pas débattues, cela ne peut se concevoir, surtout lorsque le socle économique du réseau est en jeu. Non, la messe de la décorrélation n’est pas dite. La convention pharmaceutique n’est pas une bulle papale mais doit résulter d’une concertation sérieuse, mue par le pragmatisme et guidée par l’intérêt supérieur des patients. Non, tous les pharmaciens ne vouent pas un culte au saint honoraire, censé nous délivrer de la dépendance aux prix et aux volumes. Nier la hausse irrémédiable des volumes de médicaments pour répondre aux besoins d’une population qui augmente et vieillit, c’est un flagrant déni.

Au lieu de démolir un système pour bâtir un château de cartes, n’est-il pas plus urgent de raffermir notre économie sur ses piliers ? De changer de logiciel sur les baisses de prix des médicaments matures (le récent accord-cadre signé par l’industrie montre que c’est possible) ? De pérenniser les marges commerciales et de rééquilibrer, comme le propose l’UPGF, les marges sur les médicaments chers ? Autre axe de travail : rendre le système des honoraires plus lisible, mais sans occulter le lien indissoluble entre juste rémunération de la dispensation et volume d’activité. Enfin, exigeons une rémunération cohérente des missions, tenant compte du temps passé et de ce qu’elles permettent au système d’économiser – par la prévention, le bon usage, la pertinence des soins, la réduction des complications et des passages inutiles aux urgences.

Investir dans l’officine

Pour que les pharmaciens soient rémunérés à la hauteur de leur expertise, il faut convaincre nos autorités du bien-fondé d’investir dans l’officine. Il ne s’agit pas de financer cette trajectoire avec un chèque en bois de la Sécu ou par d’obscurs transferts mais avec une trajectoire claire, rémunérant la valeur réelle de l’expertise et actionnant plus résolument les leviers d’économies que constituent la substitution et la prévention. Pourquoi pas même la déprescription… à condition qu’elle ne soit pas une coquille vide, ni une voie vers les renoncements aux soins, mais le cadre réfléchi d’un soin plus juste et adéquatement rémunéré.

Forte de ses compétences et de son ancrage territorial, l’UPGF reste pleinement mobilisée pour contribuer à ce chantier majeur, l’évolution de la rémunération officinale. Trop de pharmaciens ne se sentent pas entendus aujourd’hui. Nous voulons porter leur voix. Car il serait regrettable de se ruer comme un seul homme vers une réforme sans retour, conduisant – même avec les meilleures intentions – à défaire ou déplacer la valeur de notre métier, alors que la priorité est de la préserver et de l’accroître. 

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