PLFSS 2027 : non au rabot punitif, oui au virage préventif

4 septembre 2026

Du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), qui sera présenté fin septembre, les pharmaciens ne savent encore ce qu’il faut scruter avec le plus d’anxiété : les couperets prévisibles ou les surprises explosives ?

Comme d’habitude et sans scoop, le médicament sera mis à très forte contribution. Le rapport Charges et Produits de la Cnam a annoncé la couleur : 1,3 milliard d’euros d’économies sont attendues sur ce poste. La régulation s’arme de gros calibre : les baisses de prix ne connaîtront pas de trêve et des baisses de remboursement (voire des déremboursements) toucheront des médicaments à service médical rendu faible ou modéré. Premières victimes : la marge des pharmaciens, mais surtout l’accès des patients aux traitements du quotidien. Outre les renoncements aux soins qui seront à déplorer, le report vers des médicaments plus coûteux risque de rendre caducs les espoirs d’économies. La méthode ne fonctionne pas mais le gouvernement persiste.

Revaloriser plutôt que décorréler

À défaut de sauver la Sécu, on en réduit le champ. À cet égard, la hausse du plafond des franchises payées par les patients (prévue dès le 1er octobre, sans attendre le nouveau budget) représente une mesure hautement symbolique. Ici intervient un changement de paradigme intéressant : au lieu d’être doublé, comme prévu initialement, le nouveau plafond passera de 100 à 140 euros, prenant ainsi en compte l’inflation depuis 2005. Cette logique d’indexation ne suggère-t-elle pas, en creux, le bien-fondé d’un mécanisme similaire pour la rémunération des professionnels de santé, dont les pharmaciens ?

Il est toutefois peu probable que ce PLFSS de transition, miné par la fragmentation politique et à l’horizon restreint par la présidentielle du printemps 2027, entreprenne de grandes réformes sur ce front. Les négociations conventionnelles qui tardent à s’ouvrir en constituent plutôt le véhicule naturel. Mais gare à l’impatience, qui pourrait faire le lit de mesures dangereuses. En effet, la volonté des pouvoirs publics de réduire la facture de produits de santé, via les baisses de prix et la déprescription, trouve un écho inquiétant dans l’ardent appel – entendu jusque dans la profession – à décorréler davantage la rémunération officinale des prix et des volumes de médicaments. D’un tel transfert (illusoire) de rémunération, sacrifiant une marge dynamique pour des honoraires figés, ne peut résulter que la paupérisation du réseau et sa dépendance accrue aux finances de la Sécu, qui lutte déjà pour sa survie.

Stabiliser et impliquer

La refonte du modèle économique de l’officine, garante du maillage de demain, mérite mieux que des mesures à la va-vite. Elle devra s’élaborer de manière concertée et nourrie des retours de toute la profession, pas seulement de ceux des seize pharmacies auditionnées par l’Igas et l’IGF pour dresser leur rapport paru en mai 2026. Si le PLFSS a une espérance de vie d’un semestre (avant que la prochaine mandature parlementaire ne le détricote), raison de plus pour ne pas lui faire endosser des enjeux qui nécessitent une projection pluriannuelle. L’heure est plutôt à la stabilisation.

Avant de reconstruire, il faut sortir de la défiance envers les professionnels de santé ; ne pas les considérer comme des fauteurs de coûts et de fraude, mais comme les premiers effecteurs de l’efficience des soins. Il convient de les associer et de les intéresser aux mesures d’économie vertueuses. Accroître la pénétration des génériques, hybrides et biosimilaires doit ainsi s’affirmer comme une priorité, passant par l’élargissement du répertoire, par la sanctuarisation des remises commerciales et des incitations à la substitution, ainsi que par la lutte contre les mécanismes de contournement mis en place par les laboratoires.

Enfin les acteurs de santé, dont les pharmaciens, doivent être pleinement reconnus comme les partenaires du virage préventif – seule issue véritable d’un système qui ne peut plus soutenir l’inflation de dépenses orientées vers le tout-curatif. Des pistes triplement gagnantes (pour les patients, les professionnels de santé et l’État) restent à explorer, notamment autour de la vaccination, du dépistage, du premier recours ou encore de la lutte contre la iatrogénie médicamenteuse, qui pourrait faire l’objet d’une mission officinale adéquatement structurée et rémunérée. Autrement dit : choisir où investir aujourd’hui pour ne pas dépenser inutilement demain.

Actualités

PLFSS 2027 : non au rabot punitif, oui au virage préventif

Rentrée de tous les dangers : l’UPGF réaffirme ses engagements

Défendre l’emploi, la formation et l’attractivité du métier