Négociations conventionnelles : des questions et des craintes

26 juin 2026

Le coup de sifflet a été donné le 22 juin, le match peut commencer. Il n’est pas question de football mais des rounds de négociations à venir avec l’Assurance Maladie.

Les pharmaciens d’officine ont toutes les raisons de s’interroger sur l’issue – bien incertaine – de cette confrontation, au vu des échanges passés. Les réunions conventionnelles de ces dernières années ont trop souvent semblé à sens unique, mettant en scène des syndicats résignés face à un organisme payeur arc-bouté sur la réduction des coûts – et prêchant désormais la déprescription, a fortiori dans le contexte du PLFSS.

Il est d’ailleurs inquiétant de voir certains représentants de la profession plaider à l’unisson pour une option qui arrange le camp d’en face : la décorrélation entre la rémunération des pharmaciens et les volumes de médicaments. Une piste également martelée par un rapport Igas-IGF appuyant ses conclusions sur l’audit d’un panel de 16 pharmacies… Pas sérieux. Comme si, en dépit du vieillissement et de l’augmentation des maladies chroniques, les pharmaciens allaient devoir redoubler d’efforts, tout en étant moins payés, pour enjoindre aux patients de se rationner.

La coupe est pleine

Dans cette bataille, il n’y a pas de coupe à aller chercher. Celle que portent les pharmaciens est déjà pleine : marges amputées, missions sous-valorisées, charges en croissance constante… Et une dispensation vidée de sa valeur et de son sens par des prix en roue libre, qui tendent vers zéro pour les produits matures tandis que la marge sur les produits chers ne rémunère plus l’expertise.

En jeu : pas un trophée mais un plan de sauvetage, pour que le réseau officinal et avec lui la France ne rétrogradent pas au rang d’un système de santé tiers-mondisé…

Encore une fois, l’enjeu fondamental de la relance économique du réseau tient en un mot : rentabilité. Il est donc surprenant de voir les négociations s’emmancher à l’envers, commençant par un avenant « technique » sur de nouvelles missions, avant même de savoir si ces missions seront rendues viables par l’avenant « structurel » qui suivra… La généralisation des missions OSyS part pourtant d’une bonne intention. Cette initiative, née sous l’impulsion des groupements, a donné une existence à la prescription officinale après réalisation d’un TROD angine ou cystite… Rien de tel n’est prévu par le projet de décret sur l’extension d’OSyS, qui exclut la possibilité de dispenser des médicaments de prescription médicale obligatoire…

Le calendrier interroge donc, mais aussi la capacité des négociateurs à s’emparer des sujets et transformer des victoires symboliques en missions réellement valorisées… Des doutes existent également sur la fermeté qui sera opposée à des projets inquiétants : prétention des pouvoirs publics à récupérer les données de stock des pharmaciens au motif de réguler les pénuries, suppression de l’ANDPC au profit d’une usine à gaz étatique ayant toutes les chances de ne pas fonctionner… Et toujours et surtout la décorrélation entre les revenus officinaux et les prix et volumes de médicaments, avatar d’un tout-honoraire, qui signifierait la fonctionnarisation et donc la fin de l’exercice libéral des pharmaciens d’officine.

Groupés, nous serons plus forts

Enfin, l’autre point qui fâche, c’est l’absence des groupements à la table des discussions, en dépit de leur rôle essentiel et reconnu dans le fonctionnement des officines et le développement de services essentiels pour la population. Il est tellement plus simple de placer les structures qui réussissent sur le banc des suspects au lieu de co-construire, avec les forces vives de l’officine, une réforme économique ambitieuse… Ce projet ambitieux, remettant la marge au cœur du débat sur la rémunération, c’est celui de l’UPGF. Le seul syndicat de pharmaciens d’officine qui permet également aux adjoints, aux groupements et aux étudiants d’adhérer.

Notre profession ne manque ni d’idées ni de talents pour évoluer positivement, retrouver une marge digne de sa contribution sociétale et se tourner vers l’avenir. Mais ces idées ne se transformeront en actions structurantes que si elles sont portées collectivement. Divisés, nous irions peut-être plus vite, mais groupés nous serons plus forts.

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