Protéger et renforcer le maillage officinal, notamment dans les zones rurales et fragiles.

31 juillet 2026

Protéger et renforcer le maillage officinal

Voici le septième volet de notre série présentant « les 10 engagements de l’UPGF ».

7. Protéger et renforcer le maillage officinal, garant d’un accès équitable aux soins partout en France, notamment dans les zones rurales et fragiles.

Le diagnostic

Le maillage a longtemps été perçu comme un pilier inébranlable de l’exercice officinal. Il est aujourd’hui gravement fragilisé par un ensemble de facteurs : perte d’attractivité, pression économique, difficultés d’installation, départs de médecins avec des effets immédiats sur une économie officinale très dépendante des ordonnances… Quand le désert médical s’étend, le désert pharmaceutique n’est pas loin et l’accès aux soins n’est plus garanti.

Le nombre de pharmacies en France est passé de 21 914 en 2014 à 19 434 en 2025, soit 2 500 de moins en une dizaine d’années À ce rythme, le réseau pourrait chuter à 17 000 officines en 2035 (source : GERS Data). L’érosion est plus marquée dans certaines régions que d’autres, aggravant les déséquilibres territoriaux.

Des phénomènes comme les pénuries de médicaments creusent encore les inégalités, entre officines ayant la capacité de diversifier leurs activités et celles dont les revenus sont principalement liés aux prescriptions. Cercle vicieux : dans les zones mêmes qui ont le plus besoin des nouvelles missions (reculées, en manque de médecins…), les pharmacies sont souvent celles ayant le plus de mal à les déployer (temps, personnel et/ou moyens insuffisants).

Protéger le maillage, ce n’est pas seulement défendre une profession, c’est maintenir une offre de santé de proximité pour une population qui vieillit et augmente. Selon l’Insee, plus de 21 % des Français auront plus de 65 ans en 2030. Pour ces personnes, les plus exposées aux pathologies chroniques et à la perte d’autonomie, pouvoir compter sur la proximité d’une pharmacie est un enjeu vital, surtout dans les territoires fragiles (ruraux, périurbains…) où l’offre médicale fléchit.

Des solutions ont été proposées pour juguler l’effritement du réseau, dont l’aide conventionnelle de 20 000 euros maximum pour les pharmacies des zones médicales sous-denses, ou encore l’extension des antennes pharmaceutiques. Mais ni les subventions ni les ersatz de pharmacies ne résolvent le problème. Pire, l’aide ciblée stigmatise les officines sinistrées, au risque de compromettre leur reprise. Les contributeurs au livre blanc du maillage pharmaceutique (juin 2025) ont formulé d’autres propositions, qui méritent l’attention, telles que l’appui de fonds financiers étiques pour aider les pharmaciens à s’installer, la réduction des tâches administratives ou le développement de l’interprofessionnalité. Mais il convient de fixer les mesures prioritaires pour la sauvegarde d’une offre officinale homogène et durable.

 

La proposition

Se résigner à voir fermer 250 officines par an n’est pas envisageable. Mais se contenter de projections naïves pour enrayer un délitement multifactoriel n’est pas raisonnable.

Les solutions avancées pour renforcer le maillage souffrent généralement de l’écueil du « trop peu », (rustines, mesures de surface…), ou du « trop ». Ce dernier consiste à augmenter les doses d’un remède qui n’enraye pas le mal – au lieu d’en questionner la pertinence. Certains proposent ainsi de forcer sur l’honoraire. Autrement dit, de décorréler encore davantage la rémunération des officines du prix et de la marge commerciale des médicaments.

Puisque le cœur de métier des pharmaciens n’est plus assez rentable, a fortiori dans les zones fragiles, on transformerait une rémunération indexée à l’activité en rémunération au forfait. Or, si les mêmes causes engendrent les mêmes effets, une réforme aussi brutale nous promettrait un destin à l’allemande. L’Allemagne, où l’honoraire de dispensation est figé à 8,35 € depuis 2013, a perdu 19 % de pharmacies en 10 ans. La rémunération fixe, combinée à la hausse des coûts (+65 %) y a poussé de trop nombreux confrères à baisser définitivement le rideau.

La santé du maillage est inséparable d’une économie saine et d’une rémunération diversifiée mais restant centrée sur la dispensation, tronc commun de l’exercice officinal sur tout le territoire, géré en responsabilité exclusive. L’UPGF s’engage pour que les pharmaciens puissent conserver une marge de distribution pérenne, indissociable de la préservation du maillage. Loin de servir de palliatif à l’érosion de la marge, la diffusion des missions de santé publique pourra ainsi s’appuyer sur le socle d’une dispensation adéquatement rémunérée et revalorisée.

Ensuite, des mesures plus ciblées doivent permettre de soutenir les officines particulièrement vulnérables et de compenser les inégalités, liées notamment au coût plus élevé de la vie et des charges dans certains territoires. Il ne s’agit pas de saupoudrer des subventions éphémères mais de mettre en place des coefficients spécifiques pour les territoires métropolitains fragiles, à l’image des dispositifs existants pour les DROM-COM.

Enfin, certaines missions au potentiel encore sous-exploité méritent d’être particulièrement soutenues et encouragées, surtout là où le maillage est menacé. Parmi elles figurent la prescription officinale (vaccins, renouvellement de traitement ou initiation après dépistage) et la téléconsultation, cette dernière n’étant proposée que par environ un tiers des officines. De telles missions contribuent en effet à maintenir l’accès aux soins dans des territoires reculés, ainsi que le flux d’activité d’officines éloignées des centres médicaux et des prescripteurs.

Retrouvez l’ensemble des engagements ici.

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