Rapport Charges et produits : nouvelle doctrine, nouveau piège ?

9 juillet 2026

L’Assurance Maladie a publié début juillet son traditionnel opus « Charges et Produits », visant à formuler ses contributions au PLFSS 2027.

Premier constat : le médicament reste la variable d’ajustement privilégiée. Alors qu’il ne représente que 13,5 % de la consommation de soins et de biens médicaux, il concentre un gros tiers de l’effort attendu en 2027, soit 1,3 milliard d’euros sur 3,9 milliards recherchés (après 1,4 Md € en 2026).

Nouvelle sauce, nouveau leurre ?

Le plat de résistance reste identique, même si l’assaisonnement évolue. Car une nouvelle doctrine semble se dessiner. Après les baisses de prix, place à la pertinence et à la déprescription. C’est le refrain, pas vraiment neuf, du « juste soin au juste prix ». Bonne nouvelle ou nouveau leurre ?

Certains représentants du monde officinal voient des signes rassurants dans l’attitude de la Cnam, à l’aube de nouvelles négociations conventionnelles. Certes, l’organisme admet que l’économie officinale part en capilotade. Les officines ont perdu près de 20 % de rentabilité opérationnelle entre 2018 et 2023, lit-on dans le rapport. Les chiffres du même acabit pleuvent. Récemment, l’Insee nous apprenait que le pouvoir d’achat des titulaires avait perdu 16,9 % depuis 2019. Mais où sont les solutions ?

Ne pas finir dans l’assiette

Les derniers rounds de négociations conventionnelles ont mis l’accent sur les suppléments de revenu (honoraires, missions et ROSP), sans jamais contester la double peine, celle d’une régulation qui frappe à tour de rôle sur la valeur ou le volume de médicaments. Que la Cnam agite actuellement l’autre côté du bâton n’augure pas de négociations plus harmonieuses. Peut-être, avant de s’attabler, est-il plus réconfortant de penser qu’on fera partie des convives que de s’imaginer dans l’assiette. Pourtant, ne nous laissons pas berner.

Si la Cnam reconnaît, implicitement, l’essoufflement d’un système qui a trop baissé les prix, rien n’empêche le CEPS de suivre son propre agenda. Dès le 23 juillet 2026, il présentera en comité de suivi des génériques un nouveau plan de baisses pour générer près de 44 millions d’euros d’économies supplémentaires dès 2027… Mais le tabou s’est installé. Personne n’ose contredire le dogme de la décroissance, alors que les besoins de santé augmentent. Les baisses de prix sont présentées comme une fatalité, la déprescription comme une cause toujours juste. Qu’attend-on pour dire « pause » ?

Pertinence des prescriptions : c’est l’officine qui trinque

En soi, la désescalade des traitements chez les personnes âgées polymédiquées ou le sevrage des benzodiazépines sont des objectifs légitimes. Mais il n’est pas acceptable que le pharmacien doive participer à la diminution sèche de sa propre activité, sans compensation financière.

Ce n’est pas le bilan de médication, trop peu prescrit par les médecins et complexe à mettre en œuvre, qui équilibrera la balance. La contribution des pharmaciens à la déprescription, si elle est souhaitée par les pouvoirs publics, nécessite la mise en place d’un honoraire de déprescription ou d’accompagnement thérapeutique.

Biosimilaires : pour quel partage de valeur ?

La mixture de la Cnam pour éponger les pertes inclut aussi le recours renforcé aux biosimilaires : développer leur substitution en ville aura au moins le mérite d’associer les pharmaciens aux efforts d’efficience… à condition d’un partage équitable et pérenne, non capté par de futures baisses de prix ou de remises. Quand les pharmaciens construisent, au bénéfice de tout le système, des succès comme la substitution générique, il leur est trop souvent reproché après coup de gagner leur vie avec… Ce n’est plus supportable !

La salve de l’Assurance Maladie vise tout ce qui progresse, y compris ce qui fonctionne dans l’intérêt de tous. Ainsi, n’a-t-elle pas mieux à faire pour réduire le déficit que d’appeler à sonder le modèle économique des groupements ?

Médicaments chers : à manier avec prudence

Enfin, la maîtrise budgétaire ayant déjà tant asséché le gisement d’économies sur les produits matures (avec les conséquences délétères que l’on sait sur le réseau et sur l’approvisionnement), la Cnam braque le projecteur sur les traitements innovants et coûteux, notamment les anticancéreux. Elle recommande de privilégier les traitements les plus efficients. Un vrai signal d’alarme pour les laboratoires d’innovation : en a-t-on mesuré les conséquences potentielles sur l’attractivité et l’accès des patients aux nouvelles thérapies ?

De plus, une approche complète de la question impose non seulement de réévaluer la manière dont ces traitements sont prescrits, mais aussi de reconnaître l’expertise que requiert leur dispensation, à des fins de bon usage. C’est pourquoi l’UPGF plaide pour rééquilibrer la marge officinale sur les médicaments chers.

Revaloriser : un gros mot à relancer

La revalorisation n’est peut-être pas à la mode. Elle n’en est pas moins nécessaire. N’est-ce pas le rôle d’un syndicat de prendre le contrepied d’une politique entraînant des effets injustes pour ses adhérents ? D’appeler la profession à sauter de la casserole avant de finir comme la grenouille ébouillantée, quand tout augmente autour (charges d’exploitation, de personnel…) alors que le pouvoir d’achat baisse ? Si le mot « revalorisation » est devenu quasi interdit et fantasque, c’est peut-être parce qu’il fait peur à nos adversaires. Raison de plus pour le brandir.

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