Rééquilibrer la marge sur les médicaments chers pour couvrir le coût réel de la délivrance et de l’accompagnement du patient

22 mai 2026

Rééquilibrer la marge officinale sur les médicaments chers

Voici le troisième volet de notre série présentant « les 10 engagements de l’UPGF ».

3. Rééquilibrer la marge sur les médicaments chers pour couvrir le coût réel de la délivrance et de l’accompagnement du patient.

Le diagnostic

La problématique des médicaments chers illustre, de façon emblématique, la décorrélation croissante entre la valeur ajoutée du pharmacien et sa rémunération effective. Une tendance sur laquelle alerte l’UPGF et qui fonde son appel à rénover le modèle économique de l’officine, en maintenant la dispensation au cœur du système. Explications.

La marge dégressive lissée (MDL) a été instaurée en 1991 pour concilier l’équité d’accès au médicament et l’équilibre économique des officines. Son principe ? Plus le prix du médicament augmente, plus décroît la marge bénéficiaire du pharmacien calculée en pourcentage du prix fabricant hors taxes (PFHT) : 10 % pour la tranche de 0 à 1,91 €, 7 % de 1,92 à 22,90 €, 5,5 % de 22,91 à 150 €, 5 % de 150,01 à 1 930 €, nulle au-delà de 1 930 €. Pour certains traitements à plusieurs milliers d’euros, le montant de TVA collecté par l’État peut excéder la marge brute du pharmacien… Incohérent, alors que ce dernier a investi pour acheter le produit et doit le dispenser avec une attention particulière. Généralement, il s’agit d’un traitement lourd, exigeant pédagogie et vigilance au comptoir, mais aussi vérification de l’authenticité de l’ordonnance (obligatoire pour les produits à plus de 300 €). Enfin, toute perte de boîte ou erreur de dispensation peut coûter très cher, parfois même faire basculer une trésorerie dans le rouge.

En résumé, plus les dispensations deviennent techniques et risquées, moins elles sont correctement rémunérées, tandis que les charges fixes explosent et que les prix des produits matures ne cessent de baisser. Pris en tenaille, le pharmacien joue le rôle de variable d’ajustement, comme si c’était à lui de financer l’inflation des molécules innovantes ! Les prix de plus en plus élevés atteints par les médicaments (certains dépassent 60 000 €) et la part croissante des médicaments onéreux à faible marge dans le chiffre d’affaires officinal, rendent le mode de valorisation actuel obsolète. Sur l’année 2025, selon les données de GERS Data, les produits à plus de 468,97 € HT ont représenté 42 % du chiffre d’affaires officinal sur le médicament remboursable… pour seulement 0,5 % des volumes. Et à eux seuls, les médicaments à plus de 1 930 € HT ont pesé 24 % du CA pour 0,09 % des volumes ! En outre, les traitements chers tirent l’essentiel de la croissance. Résultat : la croissance économique de l’officine se dessine en trompe l’œil, puisqu’elle masque une baisse globale des volumes et une érosion de la rentabilité des officines, avec un impact direct sur la valorisation des fonds.

La proposition

Il n’est plus acceptable que les pharmaciens délivrent à perte des traitements complexes nécessitant expertise, conseil renforcé et éducation thérapeutique. L’UPGF défend donc l’instauration d’une marge minimale de 7 % sur tous les médicaments remboursables, y compris les thérapies onéreuses. Cette marge doit couvrir le coût réel de la délivrance et de l’accompagnement du patient, tout en permettant au pharmacien d’absorber les coûts logistiques, le stockage et les risques d’exploitation liés à ces produits chers.

L’UPGF demande également la transparence sur le prix réel payé par l’Assurance Maladie pour ces médicaments chers, déduction faite des remises qui lui sont consenties par les laboratoires. Les remises conventionnelles représentent désormais près d’un quart de dépense brute de médicaments selon un rapport Igas-IGF rendu public en mai 2026, soit environ 9 Mds € en 2024. Les indus pouvant être réclamés aux pharmaciens correspondraient ainsi au véritable prix des traitements, au lieu de générer des bénéfices illégitimes pour la Cnam.

Retrouvez l’ensemble des engagements de l’UPGF sur https://www.upgf.fr/nos-engagements/

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