Stopper la baisse continue des prix des médicaments

24 juillet 2026

Stopper la baisse continue des prix des médicaments

Voici le sixième volet de notre série présentant « les 10 engagements de l’UPGF ».

6. Stopper la baisse continue des prix des médicaments, qui fragilise la disponibilité des produits.

Le diagnostic

À la perception générale que « tout augmente », le prix du médicament mature apporte un démenti flagrant. Les charges et coûts de fonctionnement de l’officine ne font que croître, alors qu’un pilier de son économie subit des coups de rabot massifs et répétés.

Les économies sur les médicaments remboursés dépassent désormais le milliard d’euros annuel. Fixées à 850 millions d’euros en 2024, elles ont finalement excédé 1,3 milliard ; un record égalé voire dépassé les années suivantes. La surexécution devient la norme. Toutes les aires thérapeutiques sont touchées, tous les types de produits y passent, médicaments génériques, princeps, dispositifs médicaux (contention, compresses stériles…). Pourquoi cet acharnement ? Car ce levier d’action immédiate permet aux pouvoirs publics de réajuster leurs comptes, en dérapage chronique. Si le médicament ne pèse que 13,5 % de la consommation de soins et de biens médicaux, il représente une variable plus mobile et moins risquée politiquement que la chasse aux économies dans le secteur hospitalier. 

Régulièrement et de façon unilatérale, le CEPS décide de baisser les prix de dizaines de molécules, dans des proportions parfois considérables (-32 % pour l’anticoagulant oral rivaroxaban en décembre 2025). Une nouvelle vague d’économies sur dix groupes génériques a été annoncée au cœur de l’été 2026, afin de réaliser 44 M€ d’économies en 2027. La mécanique s’emballe

Cette politique est sur le point de faire imploser le système qu’elle prétend sauvegarder. Le prix administré, censé concilier maîtrise des coûts et juste rétribution de la valeur thérapeutique, devient un pur outil comptable, au détriment des équilibres permettant à la chaîne d’approvisionnement de fonctionner.

Les baisses de prix à répétition étranglent les marges de l’officine, alimentant le cycle infernal des fermetures. Pour celles qui tiennent bon, les revenus liés à la dispensation compensent de moins en moins l’investissement nécessaire pour les nouvelles missions. Quand les prix des médicaments s’écroulent, le modèle économique de l’officine tombe et le service aux patients se dégrade.

L’accès même aux traitements est menacé par cette spirale implacable. En effet, les réductions se concentrent en grande partie sur des médicaments déjà bon marché, puisque conçus pour réaliser des économies. C’est non seulement paradoxal mais aussi dangereux, car de nature à aggraver les tensions d’approvisionnement, dans un contexte de concurrence mondiale où la France se distingue par des prix déjà particulièrement bas. L’association ALMA (ex-GEMME) soulignait en 2025 que le prix du générique en France était 41 % inférieur à la moyenne des prix européens. Et rappelons que 48 % des unités dispensées affichent des prix entre 0 et 1,91 €.

Trop écraser les prix compromet la viabilité économique de nombreuses molécules, devenant à peine rentables, voire plongeant sous le seuil de rentabilité. Les maisons mères des laboratoires pharmaceutiques sont alors susceptibles de privilégier l’approvisionnement d’autres pays au détriment de la France, voire de cesser la commercialisation de certains traitements dans l’Hexagone. Comment peut-on prôner le « made in France » et la souveraineté sanitaire tout en créant des conditions si peu incitatives pour les acteurs du médicament ? Quelle autre filière se voit infliger un tel discount forcé, a fortiori sur des produits essentiels à la santé des Français – puisque les médicaments matures permettent de soigner 28 millions de personnes ? C’est le symptôme d’un pays qui méconnaît les règles économiques mondiales, s’enferre dans une logique solipsiste et, ce-faisant, programme les ruptures de demain.

Ironie : le système n’y gagne pas, puisque les prescriptions risquent de se reporter sur des médicaments plus onéreux, ou les pharmaciens démunis de renvoyer leur patient vers le médecin ou l’hôpital…

La proposition

Il faut avoir le courage de l’affirmer, avec l’économiste Frédéric Bizard : le rabot budgétaire tue la santé. Quand, plusieurs fois par an, les prix réglementés de traitements du quotidien subissent de nouveaux rabais, le signal envoyé est celui d’un système aux abois. À défaut de vision à long terme, les ajustements d’urgence pleuvent, sans prévenir. Ils rendent le réseau officinal toujours plus vulnérable et moins à même de se projeter.

Il est temps de poser haut et fort la question du prix des médicaments, trop souvent reléguée au second plan, derrière les écrans de fumée des honoraires et des nouvelles missions insuffisamment rémunérées. Non seulement, les baisses drastiques et répétées doivent prendre fin, mais la question de la réévaluation de certains traitements doit être abordée.

Les pharmaciens, comme les autres professionnels de santé, veulent concourir à la pérennité du système, pas subir le couperet arbitraire de fausses économies, qui dégradent les conditions d’un approvisionnement sécurisé en traitements essentiels. Le revenu officinal n’est pas seul en jeu : il en va du maillage territorial et de la continuité de l’accès aux soins.

L’UPGF entend par ailleurs ouvrir avec l’Assurance Maladie et les autres parties prenantes une réflexion sur les gisements d’économies vertueux, qui ne consistent pas à rationner l’offre de soins mais à gagner en efficience. Un effort prioritaire doit porter sur l’élargissement du répertoire des génériques, des hybrides et des biosimilaires, ainsi que sur les mesures incitant à la substitution. La réduction de la iatrogénie médicamenteuse devrait également faire l’objet d’une stratégie coordonnée, appuyée sur des expérimentations robustes impliquant les pharmaciens. Il s’agit enfin d’amplifier les efforts de prévention, notamment par le développement de la vaccination et du dépistage en officine. 

Ne considérer le médicament et sa dispensation que comme un coût fait le lit de mauvaises décisions, comme les baisses de prix en cascade. Ce socle de la rémunération des pharmaciens doit au contraire être protégé et renforcé, afin d’y asseoir l’ensemble des services qui font de l’officine un maillon essentiel et efficient de la santé de proximité.

Retrouvez l’ensemble des engagements ici.

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