En France, on aime résoudre les problèmes en créant de nouvelles difficultés.
L’article 28 du PLFSS 2027 se propose à juste titre d’améliorer la disponibilité des antibiotiques et de lutter contre l’antibiorésistance.
Il résulte de cet objectif composite un texte fourre-tout :
- D’un côté, il crée un mécanisme conventionnel de compensation financière pour les laboratoires, en contrepartie d’un engagement sur la disponibilité des spécialités concernées.
- C’est reconnaître implicitement que des prix trop bas fragilisent le maintien de certaines molécules sur le marché français.
- Si le texte s’arrêtait là, il serait de bon augure pour les pharmaciens et leurs patients qui ne veulent pas revivre le cauchemar des ruptures d’amoxicilline.
Carotte pour les industriels… mais bâton pour les professionnels de santé. Car il y a un autre volet destiné à encadrer la prescription et la dispensation de ces médicaments.
Comme si la “généreuse” libération de doses devait être compensée par des mesures de restriction et de contrôle. Le symptôme d’une défiance sans fondement.
Car attention, l’arsenal pour « dispenser mais pas trop » est complet :
- Un statut juridique spécifique pour les antibiotiques
- Le découpage de blisters annoncé, avec la possibilité donnée au ministre de la Santé de rendre obligatoire la délivrance à l’unité (DAU) pour certains antibiotiques
- Le formulaire justifiant la prescription pourrait également devenir exigible
- La prescription au cours d’un acte de télémédecine pourrait enfin faire l’objet de conditions particulières
En ligne de mire : les antibiotiques à risque particulier de mésusage ou participant à l’antibiorésistance.
Ce qu’en pense l’UPGF
- Un statut spécifique, pourquoi pas. Mais à force de créer des catégories particulières, 6 années de pharmacie ne suffiront plus. Et on veut rendre la filière attractive ?
- La DAU ? Depuis 2015, nous l’avons dit et seriné : c’est une fausse bonne idée, chronophage pour le pharmacien, source d’erreurs, contraire aux exigences de traçabilité et dont la pertinence n’a jamais été démontrée, que ce soit en termes écologiques, économiques ou d’observance. Il serait plus judicieux de favoriser la prescription des durées de traitement adaptées…
- Quant au formulaire de prescription renforcée, déjà demandé notamment pour les aGLP-1, il ajoute une couche de paperasse inutile à la vigilance et au conseil inhérents à toute dispensation.
En résumé…
Une fois de plus : de bonnes intentions, déconnectées du comptoir, se transforment en charges cumulatives pour les officinaux.
Encore un article à réécrire.