Depuis quelques mois, l’Union des pharmacies groupées de France (UPGF) publie successivement ses engagements pour « un nouvel élan officinal. Ces 10 propositions visant à renforcer durablement l’officine et ses fondamentaux : maillage, monopole et indépendance.
Plus de 200 pharmacies ferment par an, les marges plongent, les charges explosent, les baisses de prix se succèdent… Mais au sentiment justifié que « rien ne va » doit répondre une ambition plus combative que jamais. À l’approche de nouvelles négociations conventionnelles, des discussions du PLFSS 2027 et de la présidentielle, c’est le moment de faire bloc. Dans ce contexte, une priorité nous anime : ne pas sacrifier l’accès aux soins – et son pilier officinal – sur l’autel d’économies à courte vue qui, prétendant sauver la Sécu, tiers-mondisent le système de santé.
Remettre la dispensation au cœur du débat
À force de trop s’éparpiller, la défense du modèle économique de l’officine a perdu son fil conducteur. Quand les fondations de la maison menacent de s’écrouler, l’urgence n’est pas de refaire les peintures. Si le pouvoir d’achat des titulaires a reculé de 25 % en dix ans, c’est la preuve que les ajustements (honoraires, nouveaux actes, rémunérations forfaitaires…) ne suffisent pas à inverser la tendance. C’est pourquoi notre premier engagement consiste à remettre la délivrance du médicament au cœur de la rémunération du pharmacien, pour valoriser son rôle médical et son expertise. Cette valorisation doit non seulement reconnaître l’acte, mais aussi la valeur intrinsèque du médicament et la marge du pharmacien sur celui-ci.
Logiquement, notre deuxième engagement vise à conserver une marge de distribution pérenne et refuser le basculement vers une rémunération 100 % honoraires. Le rapport Igas-IGF publié en mai 2026 appelle à « décorréler totalement » la rémunération des pharmaciens d’officine des prix et des volumes de médicaments. Les autres syndicats semblent en phase avec cette idée, espérant des mesures en ce sens dès le prochain PLFSS. Nous y voyons un danger majeur. Déconnecter le revenu officinal de la valeur du médicament, c’est supprimer une ressource proportionnelle à l’activité réelle. Certes, le modèle s’essouffle, du fait de la part croissante des médicaments chers, des baisses de prix massives et désormais de la déprescription. C’est précisément pourquoi le système de rémunération doit être renforcé et non démantelé. Y substituer un honoraire figé reviendrait à fonctionnariser l’officine et la condamner au marasme. Nous défendons un modèle de rémunération mixte, équilibrée, combinant honoraires, marges de distribution viables et remises commerciales.
Si cet équilibre d’ensemble est à consolider, le paradoxe des produits chers appelle en revanche une correction urgente. Est-il raisonnable que la dispensation de médicaments complexes, très chers à l’achat pour les pharmaciens, nécessitant un surcroît de vigilance et d’expertise au comptoir, fasse l’objet d’une rémunération dérisoire ? L’UPGF souligne la nécessité de rééquilibrer la marge sur les médicaments chers pour couvrir le coût réel de la délivrance et de l’accompagnement du patient (troisième engagement). Nous demandons l’instauration d’une marge minimale de 7 % sur les thérapies onéreuses, ainsi que la transparence sur le prix réel payé par l’Assurance Maladie pour ces médicaments, déduction faite des remises consenties par les laboratoires.
Défendre le réseau dans toutes ses composantes
Ces mesures – revalorisation de la dispensation, pérennisation des remises, rééquilibrage de la marge – s’imposent pour stopper la perte de valeur des fonds de commerce officinaux. C’est le propos de notre quatrième engagement : valoriser le fonds de commerce quelle que soit la taille des pharmacies, afin de permettre l’investissement et la modernisation du réseau de santé de ville. Ce ne sont pas des subventions qui renfloueront le réseau, mais une remise à flot de sa rémunération, redonnant de la valeur à l’art officinal et aux structures où il s’exerce et évolue.
L’UPGF préconise de mettre en place un mécanisme structurant pour donner à toutes les officines du territoire les mêmes chances de perdurer. Il s’agit de notre cinquième engagement : mettre en place des coefficients spécifiques pour les territoires métropolitains fragiles, à l’image des dispositifs existants pour les DROM-COM.
La fermeture de 2 500 officines en 10 ans, amer constat, ne devrait pas alimenter le fatalisme mais provoquer un sursaut. Se résigner à l’érosion des prix et volumes, se contenter de plaider pour davantage d’honoraires, c’est renoncer à s’attaquer au cœur du problème. Les syndicats ne sont pas là pour acquiescer aux décisions d’une régulation autoritaire détruisant la valeur de l’officine et menaçant l’accès aux soins. Sans relâche, nous martelons donc notre sixième engagement : stopper la baisse continue des prix des médicaments, qui fragilise la disponibilité des produits. Les économies sur les médicaments remboursés dépassent désormais le milliard d’euros annuel, ciblant en grande partie des médicaments déjà peu coûteux, compromettant ainsi leur viabilité économique et leur approvisionnement. Non seulement, les baisses drastiques et répétées doivent prendre fin, mais la question de la réévaluation de certains traitements doit être abordée. D’autres gisements d’économies, vertueuses et non destructrices, sont enfin à exploiter – biosimilaires, lutte contre la iatrogénie médicamenteuse…
Le maillage : un trésor en péril
La question du modèle économique de l’officine outrepasse largement la rémunération du pharmacien. Il est question de protéger et renforcer le maillage officinal, garant d’un accès équitable aux soins partout en France, notamment dans les zones rurales et fragiles (septième engagement). Préserver la rentabilité des officines revient à protéger le réseau, un trésor en péril, qui ne peut fonctionner à moyens constants alors que le tous les coûts augmentent. Ce, d’autant que les titulaires ont pour obligation de maintenir à niveau leurs compétences et celles de leurs équipes, mais aussi d’intégrer les innovations (dont l’IA) qui améliorent les pratiques.
Avec le soutien déjà très actif des groupements, il est indispensable d’accompagner la modernisation et la transition numérique des pharmacies, tout en garantissant la sécurité des données de santé (huitième engagement). Autre poste clé d’investissement : les “nouvelles” missions représentent un virage à soutenir et amplifier, à condition qu’il s’adosse à un cœur de métier correctement rémunéré. L’UPGF appelle à développer les missions de santé publique du pharmacien : vaccination, dépistage, prévention, suivi des pathologies chroniques (neuvième engagement) et milite pour que toute mission pharmaceutique soit valorisée 15 euros minimum, puis revalorisée en tenant compte de l’inflation.
L’UPGF entend enfin défendre l’emploi, la formation et l’attractivité du métier en soutenant les équipes officinales et en promouvant l’égalité professionnelle (dixième engagement). Si le déploiement des missions cliniques contribue à l’attractivité du métier auprès des étudiants, les pharmaciens en devenir ont aussi et surtout besoin d’un horizon économique prévisible et cohérent. Il importe également de mieux les préparer aux enjeux entrepreneuriaux de leur exercice et aux moyens de préserver leur indépendance.
Retrouvez l’ensemble des engagements de l’UPGF sur https://www.upgf.fr/nos-engagements/
Adhérez à l’UPGF : https://www.upgf.fr/ajouter-au-panier/