Valoriser le fonds de commerce quelle que soit la taille des pharmacies
Voici le quatrième volet de notre série présentant « les 10 engagements de l’UPGF ».
4. Valoriser le fonds de commerce quelle que soit la taille des pharmacies, afin de permettre l’investissement et la modernisation du réseau de santé de ville.
Le diagnostic
Des pharmacies cédées pour 1 euro symbolique : ces dénouements dramatiques ne sont plus si rares en France. Ils résultent de l’érosion continue des marges, au point de transformer l’investissement d’une vie en fonds de commerce pratiquement invendable.
Paradoxalement, certaines de ces officines, même petites, sont viables. Le prix sacrifié ne dit rien de leur valeur réelle. Mais divers facteurs dissuadent les acquéreurs, dont la perte de confiance dans un modèle économique devenu beaucoup moins attractif. La hausse globale du chiffre d’affaires officinal, tiré par les produits onéreux, masque une diminution effective de la rentabilité. Vendre des unités moins nombreuses mais plus chères pour finalement gagner moins : la perspective n’enchante guère. D’autant que les prêts sont plus coûteux qu’en 2021. L’acheteur anticipe également les investissements nécessaires dans le temps pour moderniser, former les équipes aux nouvelles missions… puis à terme, espérer pouvoir céder une officine attractive, ce qui n’est plus acquis. Les cas de revente impossible accélèrent le processus de disparition des officines, détériorent le maillage et menacent l’accès des patients aux soins.
Les officines isolées ou en difficulté sont loin d’être les seules concernées. Partout, la perte de rentabilité sape non seulement la capacité des titulaires à investir et autofinancer leur croissance ; elle déprécie aussi la valeur de leur fonds de commerce. À activité constante, une pharmacie vaut donc moins cher avec le temps. Une officine qui était cédée à un prix équivalant à 85 % de son chiffre d’affaires en 2023 n’en vaut plus que 76 % en 2025 (Interfimo), ratio moyen qui tombe à 51 % pour une officine générant moins de 400 000 euros de marge. Dans une économie illisible, la valorisation des pharmacies ressemble à un thermomètre affolé, reposant désormais surtout sur l’excédent brut d’exploitation (EBE). Un indicateur qui a baissé de de 11 % en dix ans (rapport Igas-IGF de mai 2026), tirant mécaniquement aussi la valeur des fonds de commerce vers le bas.
La proposition
Les pharmaciens doivent avoir la capacité d’investir, en continu, dans un outil de travail qui prenne de la valeur, du moins qui n’en perde pas ! Les pharmacies de toutes tailles contribuent à la valeur collective du réseau pour les soins de proximité. Elles méritent à ce titre d’être valorisées par des mesures structurantes et aux effets durables. Pas le cadeau empoisonné de subventions désignant les pharmacies “aidées” comme des cibles peu attractives pour les potentiels repreneurs. Pas des annexes de pharmacies qui ne préservent qu’une illusion de maillage. Pas des missions effectuées à perte. Et surtout pas de modèle tout-honoraires, qui muerait le cœur de métier officinal en fonctionnariat et les fonds de commerce en coquilles vide. Une carrière au service de la santé vaut davantage qu’1 euro.
L’UPGF s’engage à défendre une marge pérenne sur la distribution des produits de santé, en tant que tronc commun d’une rémunération équitable pour tous les pharmaciens. Nous demandons simplement mais avec force une valorisation juste de la dispensation et des missions complémentaires, afin de :
- garantir la valeur de nos fonds de commerce ;
- les moderniser pour répondre aux besoins de santé en évolution constante ;
- les rendre attractifs pour in fine les transmettre et ainsi protéger le maillage.
Cette transmission doit également être facilitée par des mécanismes de financement responsables entre pharmaciens, permettant aux acquéreurs de compléter leur apport, pour s’installer et exercer en toute indépendance.
Aujourd’hui, les pharmaciens qui s’installent assument tous les risques : celui d’emprunter sans visibilité économique, celui d’exercer de plus en plus de missions, d’acheter des médicaments de plus en plus chers pour les vendre avec une marge de plus en plus contractée et sous la menace d’indus… Il est temps d’instaurer un partage équitable des risques entre les pharmaciens et le système de santé, qui s’appuie tant sur eux et grâce auxquels il économise des milliards d’euros avec la substitution.